jeudi 15 mai 2014

Le bon docteur Sacks et moi

Croyez-vous qu'un seul livre peut changer une vie?

Moi, oui. La mienne est parsemée de moments charnières, de révélations qui se sont échappées d'une page pour se faufiler dans mon cerveau et y causer parfois une petite mise à niveau, d'autres fois une véritable réorganisation de modules que je croyais immuables. Le neurologue et auteur Oliver Sacks est derrière plusieurs de ces éclats. Pour la plupart des gens, le nom est inconnu... Jusqu'à ce qu'on précise que Robin Williams a joué son rôle dans le film très édulcoré L'éveil tiré de son percutant 50 ans de sommeil.

Depuis les débuts de sa carrière, le docteur Sacks se passionne pour ses patients et leurs étranges maux au point d'en avoir fait les vedettes d'une série de best-sellers qui ont eu le mérite d'attirer la compassion sur des troubles aussi invalidants et incompris que le syndrome de Gilles de la Tourette et l'autisme. Il a aussi démystifié des univers hermétiques comme la culture des malentendants et révélé des afflictions aussi incroyables que le syndrome du membre étranger et la prosopagnosie, qui désigne le trouble de reconnaissance des visages.

Comme tout cordonnier mal chaussé, le docteur Sacks a contribué à rendre ce dernier bobo mondialement connu avant de réaliser qu'il en était lui-même atteint à un âge avancé, croyant jusqu'alors qu'il était normal de ne pas reconnaître son frère après une absence prolongée et que ceux qui y arrivaient jouissaient d'une mémoire exceptionnelle...

C'est à l'âge tendre de 15 ans que j'ai plongé dans son incroyable corpus littéraire en commençant par son captivant recueil de cas L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau... Avouez que le titre est irrésistible... Les pages qui suivent le sont encore plus.

Lire un ouvrage d'Oliver Sacks, c'est parcourir avec un guide les abysses de la psyché humaine, celle d'autrui, mais aussi la sienne...

Depuis toujours, nous nous tourmentons avec les éternelles questions "Qu'est-ce qui fait l'homme? Sommes-nous la somme de nos expériences ou seulement un amalgame de réflexes conditionnés?" Ses livres offrent d'excellentes pistes de réflexion.

Mais encore?

Où puis-je bien vouloir en venir, vous demandez-vous? Je vais maintenant faire un détour par un autre livre, Bossypants, de la scénariste, productrice et actrice Tina Fey... Touche-à-tout ayant fait ses preuves à la légendaire émission Saturday Night Live, Tina y a réuni quantité d'anecdotes surprenantes et de réflexions grinçantes sur la vie.

Au fil de ses révélations croustillantes, elle paraît avoir le chic de toujours être à de drôles d'endroits à de drôles de moments (un "talent" que je partage, comme en témoigne, par exemple, ma rencontre imprévue avec le président de la Grèce, Antonis Samaras, sur la place Syntagma à Athènes le soir de son élection).

Il est donc amusant d'y lire que l'une des choses qu'elle n'aura pas réussi à accomplir est d'être un "cas" du docteur Sacks... Il n'en fallait pas plus que pour je grimpe sur ma chaise en hurlant : "Moi oui, moi oui!"

Prends des notes, Tina

Donc, Tina, si tu connais aussi le français, en plus de l'anglais, du grec et de l'allemand, voici le truc. C'est d'une simplicité enfantine...

Il te suffit justement de vivre une expérience étrange pendant l'enfance, de t'en souvenir en détails rendu à l'âge adulte, de découvrir les livres d'Oliver Sacks, de t'inscrire à sa "newsletter" et de répondre aux appels à tous de son assistante Kate Edgar (dont il ne reconnaît toujours pas le visage après 10 ans).

Par exemple, si Kate écrit que "le docteur Sacks travaille présentement à un livre sur les hallucinations et aimerait savoir si vous avez déjà expérimenté des hallucinations non reliées à l'alcool ou aux drogues", tu craches ton histoire.

Si tu es chanceuse, Kate te répond que le docteur Sacks aime beaucoup ton histoire et te demande comment tu souhaites qu'il écrive ton nom. Tu réponds "Josée B" (ou une combinaison qui se rapproche plus de ton nom à toi). Ensuite, tu attends la sortie du livre Hallucinations en anglais et tu te précipites à la librairie pour avoir le plaisir de trouver ton "pseudo" dans la table des matières avec "(delirium) 183" écrit à côté. Tu te rends à la page 183 et tu ressens la même émotion qu'un geek à qui Steve Jobs aurait dédié une version de son iPhone...


Si j'en parle maintenant, c'est que le livre vient tout juste de sortir en français sous le doux titre de L'odeur du Si Bémol par les éditions Seuil. Je vous le recommande chaudement comme lecture de vacances si la psyché humaine vous intéresse.

Des pommes? Un rouge à lèvres géant?

Et rassurez-vous sur mon état. Je vais très bien. Il ne s'agissait que d'épisodes étranges qui surviennent principalement chez des enfants souffrant de fièvre. J'ai découvert il y a quelques années dans un magazine Cerveau et psycho qu'on lui a donné le très judicieux nom de "syndrome d'Alice au pays des merveilles"...


Je vous garde le mystère. Vous pourrez le googler ou lire le livre. En attendant, voici un dessin pour aiguiser votre curiosité!

 

dimanche 20 avril 2014

Le martyr moderne ou ne pas penser à un éléphant

Un autre jour férié, une autre journée à essayer de ne pas penser à un éléphant...

Comme tous, j'apprécie ces congés, mais pour une raison mystérieuse, le fait que les commerces soient presque tous fermés demeure une application ouverte dans le bas de mon écran mental en permanence... Je prends chaque panneau "Nous somme fermer" comme un affront personnel, et ce, pas seulement pour les fautes d'orthographe.

Même si je consacre habituellement peu de temps à faire les boutiques (à l'exception du module librairies-bouquineries), ces quelques journées par année où elles tournent le verrou me contrarient plus que je ne voudrais me l'avouer...

Je veux pouvoir y aller au moment où je le voudrai. De la même façon, j'ai résidé pendant 10 ans à Magog sans jamais plonger l'orteil dans le lac Memphrémagog. Par crainte du monstre Mempré? Non... simplement parce que je pouvais y aller quand je le voulais. Il y avait donc toujours mieux à faire. C'est ce qui explique que je n'ai lézardé sur sa plage que lors de mes séjours touristiques depuis.

Pendant les mêmes années, j'ai travaillé comme une bête de somme dans une pharmacie. Parfois à temps complet, simultanément à mes études universitaires à temps complet, elles aussi. Étant loin de ma famille, j'étais souvent "de garde" pendant les jours fériés.

Mes compagnons d'infortune et moi étions toujours éberlués devant le défilement continu de clients qui se massaient dans les rayons, visiblement sans raison valable. Lorsqu'ils payaient leurs menus achats (mouchoirs, shampoing et autres babioles qui attendraient facilement pu attendre un jour ou deux), il leur arrivait souvent de se désoler de nous voir obligés de passer la journée debout derrière un comptoir ou à courir les allées dans notre inconfortable habit en polyester en ce jour de Noël ou de Pâques.

Nous pensions la même chose et l'avons presque tous échappé au moins une fois : "S'il n'y avait pas de clients, nous ne serions pas ici!" La réponse habituelle des clients victimes de cet éclat de franchise inattendu était une mine mi-surprise, mi-déconfite... C'est vrai! Qu'avaient-ils à prendre chaque fois d'assaut la pharmacie comme des zombies affamés devant le dernier groupe de survivants carnés?

Maintenant que mes jours de pharmacie sont loin derrière moi, je réalise avoir rejoint sans m'en rendre compte le club des zombies. Pour y raison mystérieuse, je me retrouve toujours avec un besoin impérieux de consumérisme chaque journée fériée dont le seul antidote est une visite à la pharmacie.

Je suis fière de dire qu'aujourd'hui j'ai résisté en terminant le pot de café... Mais ça doit être parce que j'ai trouvé une petite bouquinerie ouverte sur la rue Sainte-Catherine. J'en suis ressortie les doigts crispés sur une jolie bande dessinée d'Eva Rollin, Chloé arrive en ville.

Fiouf, ça sera ma dose pour aujourd'hui. Les employés de pharmacie peuvent se détendre... jusqu'au prochain férié. Joyeuses Pâques à tous!

samedi 12 avril 2014

Ma première bande dessinée... avec un extra-terrestre en crise professionnelle!

Silence radio sur le blogue... Que s'est-il passé? Étais-je à court d'histoires merdiques? Pas du tout. C'est que... après l'achat d'une tablette graphique, c'est la table lumineuse qui a rejoint l'attirail sur le bureau, entre les piles de livres et les stylos qui roulent partout. Me voilà remise au dessin, un ancien amant négligé.

J'avais bien transformé la demeure en atelier de peinture pendant quelques années avant de me lasser devant la pile de matériel et de toiles qui s'accumulaient et l'agacement de devoir retourner sans arrêt chez "Omer" pour acheter des tubes ou des toiles. Avec la "démocratisation numérique" du matériel, des ordinateurs de plus en plus puissants et des photocopieurs à prix ridicules avec l'option Numérisation, il suffit de se "grayer" des deux ou trois des gadgets mentionnés plus haut et de télécharger le logiciel libre Paint.net pour être en voiture.

Voici donc ma première bande dessinée en primeur. Elle est tirée d'une histoire déjà écrite en prévision d'un deuxième tome des Petites histoires fantastiques, philosophiques et merdiques. Je vous demande donc humblement de servir de cobayes, car je n'ai pas la moindre idée de la meilleure façon de la mettre en ligne. Est-ce la bonne dimension? le bon format? Mystère! Comme pour le blogue et l'utilisation de tous ces merveilleux nouveaux jouets, c'est la méthode essai et erreur. Je n'en connais pas beaucoup de plus efficace. Bonne lecture!

mercredi 26 février 2014

Le Spécial Salon du livre de l'Outaouais

Lundi dernier, chéri m'a demandé : "Cela te dérange si j'invite des amis pour le souper samedi prochain? On n'a rien de spécial?"

Dans ma tête, plusieurs scénarios se sont mis en branle. Ils avaient pas mal tous un ouragan comme arrière-plan... Mes yeux ont dû rougeoyer un instant avant que je hurle gentiment : "Si on a quelque chose de spécial? Bien sûr qu'on a quelque chose de spécial! C'est le Salon du livre de l'Outaouais!"

Comment cela pourrait être plus spécial? J'en parlais depuis un mois! Lorsque j'ai signé le contrat pour le livre Petites histoires fantastiques, philosophiques et merdiques avec la maison d'édition, j'étais prête à partir en tournée dans tout ce bras de la galaxie. Avec plus de dix événements littéraires au Québec par année, ça ressemblait pas mal à cela. Finalement, j'en ai obtenu trois : Montréal, Sherbrooke et Abitibi.

Je m'estimais déjà très heureuse de pouvoir présenter mon bébé dans les trois régions où j'ai habité. L'appel de l'attachée de presse pour m'offrir une participation au Salon du livre de l'Outaouais ce samedi, le 1er mars prochain, est arrivé comme un bonus, un dernier biscuit Fudgeo quand on croyait le sac fini!

C'est donc avec joie que je vais prendre place au stand 215 de 15 h à 17 h pour une séance de dédicaces. Et on peut dire que le salon sait nous flatter. C'est le seul jusqu'à maintenant que je vois se fendre de mettre les "portraits" des auteurs dans son site Internet!


Cela signifie que plusieurs risquent de chercher la biker chick avec de la quincaillerie dans le cou... Pour vous aider, voici ce portrait robot plus ressemblant :


Vous apprécierez cet effort, dont le principal objectif était de faire étalage de mes "progrès graphiques"! Je m'amuse follement avec cette tablette et ce petit logiciel gratuit, je vous l'ai dit!


dimanche 23 février 2014

Deux épiphanies... l'une humoristico-artistique, l'autre érotique!

La semaine a été riche en révélations transcendantes. Et je ne parle même pas de l'éclair où j'ai compris qu'il faut "suivre" des abonnés de Twitter pour être suivi à notre tour. Ne riez pas! Avec ma tendance à vivre cachée sous une pierre, j'ai mis du temps à connecter les deux bouts.

Non, il s'agit plutôt de deux découvertes que je m'empresse de partager avec ceux d'entre vous qui aimez l'art ou l'humour, tenez un blogue ou êtes tout simplement curieux de savoir que ce qui va devenir érotique dans cette histoire.

Épiphanie 1

Comme nous tous, vous recevez par courriel des tonnes de petites illustrations humoristiques, plus ou moins charmantes, plus ou moins drôles et plus ou moins bien écrites. Vous êtes-vous parfois demandé avec admiration ou dégoût : " Wow, qui peut bien prendre / perdre son temps à faire ces trucs-là?" À une certaine époque, nous connaissions tous assez Photoshop pour en avoir une bonne idée. Mais c'était avant la version CS527 où il est devenu impossible de s'y retrouver.

J'ai trouvé la réponse avec 10 ans de retard. Pour vous sortir de l'obscurantisme si vous y êtes toujours (je ne saurais le dire, il faisait trop sombre quand je m'y trouvais), je vous révèle le secret : avec une délicieuse tablette graphique. (Toi l'ami de Steve Jobs, je vois ton enthousiasme s'éteindre, tu t'apprêtes protester que tu as déjà un iPad. Non, je parle d'une véritable surface pour dessiner avec un faux stylo en plastique pendant que le dessin apparait à l'écran.) Doooonc, je vous annonce l'augmentation prochaine sur le marché de petites blagues comme celle-ci :
 
 
 
Soyez indulgents pour les premières. Je sais, je sais, la couleur aurait dû être placée derrière le tracé... En plus des fonctionnalités de base de la chose, j'ai pas moins de quatre logiciels différents à maîtriser, et mon cours de Photoshop 6 est terriblement loin. D'ailleurs, j'ai découvert (encore avec retard mais mieux vaut maintenant que jamais) un merveilleux logiciel gratuit qui ressemble agréablement à une vieille version de Photoshop. Tapez "paint.net" dans Google, téléchargez et savourez!

Et, pour l'anecdote, les cerveaux de Jeffrey Dahmer et d'Albert Einstein sont bien tous les deux conservés pour la postérité. Et comme ils se suivent dans l'ordre alphabétique...

Épiphanie 2

Tellement occupée avec mon cours d'écriture humoristique, mon cours de bande dessinée, l'examen de la SQRP, l'écriture de nouvelles Histoires fantastiques, philosophiques et merdiques, sans oublier les quatre logiciels de dessin à décoder, j'ai négligé mon petit blogue.

Croyant que l'univers l'avait boudé en retour, j'ai eu toute une surprise en constatant un apport constant d'internautes frais. Une analyse des statistiques m'a révélé le pot aux roses...

C'est que vous aimez cela les "histoires érotiques", mes satanés coquins! En écrivant l'article "Histoires érotiques, philosophiques et merdiques", j'ignorais que je venais d'hameçonner avec efficacité les amateurs et les amatrices de petits contes libertins. Je n'ai maintenant d'autres choix que de saupoudrer le mot "érotique" dans toutes mes chroniques...

lundi 27 janvier 2014

Alcatraz : philosophique et merdique

Rien de plus frustrant en voyage que de ne pouvoir visiter la principale attraction touristique de la place! Imaginez quand celle-ci vous nargue en plus pendant toute une semaine en apparaissant chaque instant dans votre champ de vision!
 
Consolation, les otaries du Pier 39 ne peuvent
visiter Alcatraz non plus.
C'est ce que j'ai vécu à San Francisco en décembre dernier avec la mythique prison d'Alcatraz. Achat des billets sur un coup de tête le vendredi 20 décembre à minuit,  deux épuisants trajets d'avion le lundi 23, arrivée en soirée dans un hôtel correspondant environ à 20 % à la description et aux photos. Qu'à cela ne tienne : Alcatraz, ses mystères et ses fantômes nous attendaient mardi! Mais nous attendaient-ils vraiment?

Loin de là! La prison d'Alcatraz se portait très bien sans nous sur son île dans la baie de San Francisco. Elle jouait à guichet fermé et n'était pas disposée à nous recevoir avant le lundi 4 janvier, c'est-à-dire quatre jours après notre retour...

Aussi difficile d'y entrer...

C'est là que j'ai découvert qu'il est aussi difficile d'y entrer maintenant qu'il était d'en sortir jadis. Et les San Franciscains n'hésitent pas à tourner le fer dans la plaie en nous rappelant sans arrêt son existence, parfois même dans un élan de mauvais goût ahurissant. Outre les pyjamas rayés et les tasses ornées de tueurs en série, il est possible d'acheter dans toutes les bonnes gugusseries un savon Alcatraz portant la douce mention "Don't drop the soap".

Encore un cas où j'entre en transe en pensant à toute la chaîne qu'il a fallu convaincre pour offrir cet item au consommateur. Et personne ne s'est opposé?? Passons....

Ce qui est amusant dans cette ville en décembre, c'est que l'hiver ou plutôt l'idée de l'hiver est "superposée" partout sur ce que d'autres nommeraient "notre été"! Il y a donc une multitude de faux flocons en décoration sur les murs des lieux publics et dans les vitrines juste sous les "Winter sales" en grosses lettres.

Surprenant pour une ville qui a connu sa dernière chute de neige laissant une trace au sol en 1976. C'est vrai que nous, même si on placarde le père Noël partout, sa dernière trace au sol remonte à encore plus loin. Autre phénomène intéressant, l'habillement des autochtones. Dans un même groupe de potes sur le trottoir ou assis dans un café, un bonhomme Michelin en tuque, bottes d'hiver et foulard peut côtoyer une estivante en camisole, mini jupe et gougounes de plage. Cela doit dépendre de l'heure à laquelle chacun est sorti de la maison. Les matins et les soirées sont, en effet, plus frais avec, entre les deux, des pointes au-dessus de 20 Celsius en après-midi. Ce qui n'empêche pas certains de grelotter en plein jour, le foulard sur le nez. Ah, bienheureux San Franciscains...


Remake de Thriller

Bienheureux tant que le jour brille à l'horizon, car une autre découverte fâcheuse nous attendait. À la tombée de la nuit (ce qui est très tôt en décembre), la ville propose chaque soir un remake du vidéo Thriller du regretté Michael Jackson. Alors que les guides de voyage nous promettaient un séjour agréable dans "cette grande ville sécuritaire", nous nous sommes retrouvés le premier soir en train de courir littéralement en pleine rue pour entrer dans le premier bus disponible (et ne me partez pas sur la complexité du système de transport collectif...) afin d'éviter les zombies et les malfrats qui arrivaient de partout et nulle part sur chaque côté du trottoir... Déception! Alors qu'il est possible de parcourir en relative sécurité New York, Boston, Toronto, Barcelone, Paris, Rome, Athènes et bien sûr Montréal à la tombée de la nuit, San Francisco se peuple d'une foule grouillante d'individus suspects de tous âges qui n'ont qu'un objectif : harceler le moindre péquenot naïf qui circule.

Il serait trop long de raconter tout ce qui nous est arrivé, mais disons que l'anecdote la plus surprenante a été de se faire réclamer directement devant la caisse du Subway situé dans une gare du Caltrain le biscuit à peine acheté par un jeune homme visiblement drogué devant le regard placide de l'employé et des gardes de sécurité. Nous avons été plus harcelés en six jours à San Francisco que pendant toute notre vie, incluant nos voyages dans certains pays réputés pour leur population insistante. Certains cas sont tristes à mourir comme les itinérants plus âgés qui s'assoient avec les yeux tristes devant les clients des terrasses. On devine que le rêve américain leur est passé sur le corps et qu'il a peut-être même reculé pour mieux repasser. Après tout, San Francisco n'a-t-elle pas vu naître le mouvement hippie dans ses rues? On devine que certains indigents de longue date sont issus de cette vague-là.


À part Alcatraz?

Que peuvent faire deux touristes désœuvrés lorsqu’Alcatraz leur demeure inaccessible, que les otaries du Pier 39 et les quelques secteurs touristes à la réputation surfaite ont été visités? Marcher sur le Golden bridge! Un parcours de 3 heures aller-retour qui vous offrira une vue imprenable sur la ville et sur... Alcatraz, l'aguichante!

Ensuite, de retour, vous vous demanderez comment font les Américains pour réussir à faire d'absolument tout une attraction, même un pont peint en rouge, pardi! Ce n’est pas des farces, il y a une boutique de gugusses de chaque côté du pont. Les touristes sont si nombreux que la file pour les toilettes à l'extérieur prend plus de 30 minutes. Message à ceux qui planchent en ce moment sur le nouveau pont Champlain : pas besoin de "payage". Mettez des lumières disco et une couche de peinture voyante. Ensuite, commandez des tasses et des porte-clés et vendez-les aux Américains!

En résumé, San Francisco demeure une ville à voir, mais attendez-vous à justement en voir de toutes les couleurs : du fantastique, du philosophique et du merdique! Moi qui souhaitais faire une pause de cela... Me revoilà donc devant l'ordinateur en train d'écrire les histoires qui formeront le prochain tome des Histoires fantastiques, philosophiques et merdiques (à moins qu'elles ne portent un nouveau nom?)! Trois d'entre elles sont déjà complétées.

Quant au premier tome, il continue sa petite vie de premier livre... Je prends plaisir à le découvrir partout dans son élément naturel : librairies, bouquineries et bibliothèques. Déjà, j'ai vécu l'expérience étrange de voir une abonnée de ma bibliothèque le tirer du rayon, le regarder et le replacer. J'ai eu une envie folle de la plaquer au sol en la sommant de lire ce formidable recueil qui m'a pris deux ans de ma vie. Heureusement, j'ai repris mes esprits. Ça rend agressif publier un livre il faut croire!

jeudi 12 décembre 2013

L'apocalypse chez Stokes

Hier à la pharmacie, j'ai connu un moment de perplexité devant les trois choix de vaporisateurs nasaux d'une marque connue : nez sec, nez croûté, nez sec et croûté.

Comme une histoire fantastique, philosophique et merdique, ce type de situation projette toujours une scène semblable dans mon théâtre de l'absurde mental : une longue table ovale, des personnes renfrognées, principalement des hommes d'âge mûr en costume, un écran blanc. Quelqu'un se lève et explique à la ronde : " Je vais maintenant vous présenter les nouveaux produits que nous prévoyons lancer cette année. "

Commence ensuite la description d'un premier gadget révolutionnaire aussi ridicule qu'inutile, qui provoque un éclat de rire généralisé. Puis, un homme, celui que l'on devine être le grand patron, fait taire l'assistance en déclarant avec sérieux que le produit a beaucoup de potentiel. Les subalternes toussotent et s'empressent d'approuver le grand patron, lui qui a tant de flair.

Quelques mois plus tard, après les capsules, comprimés, gélules à dissolution rapide ou lente qui contiennent la même molécule, les serviettes hygiéniques qui suivent les mêmes modes que les couches avec leurs élastiques ou leurs ailes sur les côtés, le vaporisateur pour " nez sec et croûté " atterrit sur les rayons.

Et l'apocalypse se rapproche un peu plus.

Celui qui se produira non pas quand tous les signes attendus se manifesteront, mais quand l'inventivité des entreprises à créer de nouveaux besoins se tarira.

Affolement culinaire

Il s'agit bien sûr d'une blague, vous l'aurez deviné. Mais... je ne peux m'empêcher de ressentir un affolement chaque fois que je visite un boutique d'ustensiles de cuisine comme Stokes. Il m'arrive même d'y parcourir les rayons juste pour me rassurer qu'il nous reste encore quelques années.

Je m'explique. Pendant plusieurs décennies, la cuisinière compétente a nourri une famille de six à l'aide d'un fouet, d'un rouleau à pâte, d'une spatule, d'une cocotte en fonte, d'une poêle à frire et de deux chaudrons.

Que s'est-il passé?

Pourquoi alors cette angoisse folle quand je regarde la série Menu express de Jamie Oliver alors que mes placards contiennent environ 10 fois plus d’accessoires coûteux et complexes que ceux de mes grands-mères? Le gars ne se casse pourtant pas la tête, car il a aspergé jusqu'à maintenant tout - absolument tout, je dis bien - d'huile d'olive et de jus de citron. Mais il arrive toujours à jeter ma confiance par terre, comme aujourd'hui en sortant de sa manche du " sel de mer fumé ".

Déjà que toute la province s'était mise à la " fleur de sel " depuis un bout,  permettant aux membres de la table ovale chez Stokes de nous vendre un machin pour la servir. Cela a dû les réjouir, eux qui commençaient à s'essouffler après avoir lancé le " sèche décanteur", le " couteau en plastique pour couper la laitue" et le " petit gant pour peler l'ail".

Quand cela va-t-il s'arrêter? J'adhère à la position prise par Richard Martineau l'an dernier : si je vous invite à souper chez moi, vous risquez de manger un spaghetti. Et arrêtez de vouloir m'impressionner de votre côté; vous ne faites que me stresser!

Une pause dans la course folle au nouveau gugusse ferait le plus grand bien à tous. En premier à notre porte-feuille et, en deuxième, aux commis qui doivent trouver comment placer toutes ces merveilles sur les mêmes tablettes (qui ne s'agrandissent pas par en-dedans comme la tente de Harry Potter).

Ce qui m'amène à une deuxième question, tout aussi inquiétante : que va-t-il se passer si la machine s'arrête? Lorsque nous aurons déjà les vaporisateurs pour nez pincés, froncés, évasés, retouchés? Le gars de la compagnie va repartir avec sa mallette attendre la mort à la maison et nous aussi?

Suggestion de cadeau

Sur ces digressions, je vous souhaite à tous une bonne course folle dans les rayons! Il faut combler ces besoins tandis que nous en avons encore! Et si vous cherchez quoi offrir pour cet échange de cadeaux à 25$, pensez à un livre léger, drôle et surprenant. Et privilégiez un auteur québécois. Cela soutiendra l'économie locale tout en faisant plaisir à Maka Kotto.

Suzanne et Josée

Et une suggestion tout à fait objective(!), pourquoi pas les Petites histoires fantastiques, philosophiques et merdiques? Avec les belles illustrations de Suzanne Marinier et les récits imaginatifs de votre sous-signée, c'est un cadeau aussi joli qu'original.

Joyeuses Fêtes à tous!